Partant du principe qu’un con qui marche va plus loin qu’un intellectuel assis, nous partons faire un tour.

Evidemment, c’est une blague, nous avons deux cervelles de champions dont voici le récit succint :

Deux frères pour commencer. C’est un bon début de présentation. 25 et 27 ans, Alexandre et Grégory, un homme des technologies, l’autre des chantiers, un allergique au moindre pollen qui vole, l’autre qui abhorre les citadins et leurs villes malsaines et un passif de 20 ans de vie commune. On a déjà un peu de bouteille pour supporter nos tares.

Et puis une idée qui germe depuis plusieurs années déjà, 4 ans précisément, en pleine période de révision pour une obscure licence d’économie-gestion à la fac (ne riez pas après cette oxymore) et après avoir vu une émission de Timsit chez les Papous qui semblaient avoir une tête de meilleure composition que les mongoliens ou les crevettes qui lui sont si chers.

C’est donc à ce moment là que ça a fait « chboum là-dedans » (Ghosbusters pour les érudits). Un gros chboum qui en 4 années a fait tracer une petite dizaine d’itinéraires différents, envisager des centaines de buts (découverte, dépassement de soi, changement de culture, de mode de vie, aventure, reportage, écriture, humanitaire, etc.), a fait des dizaines d’envieux mais que deux candidats à l’arrivée que vous ne pourrez plus éliminer en téléphonant à ce stade du projet.

Le but du voyage à l’heure du départ est un énorme gloubi-boulga d’à peu près toutes les raisons que vous pourriez imaginer, inutile donc de nous demander « pourquoi? » en attendant un développement en 3 parties et une conclusion amenant à réflexion. D’ailleurs pour les esprits un peu aventureux, vous savez que ça ne se passe jamais comme prévu. Alors pourquoi prévoir? Vous découvrirez en différé de quelques jours ce qui a pu nous toucher, nous énerver, nous émerveiller, nous lasser. Découvrez, comme nous, ça sera déjà pas mal.

Un itinéraire est grossièrement taillé en fonction des saisons mais n’est pas la voie sacrée à suivre et je fais une infinie confiance aux différences institutions pour nous mettre quelques batons dans les rayons. Fonctionnaires de tous les pays, unissez-vous! comme dirait l’autre. Comme on ne veut pas se faire saborder notre plan, on en a pas pris en partant et on le vit plutôt sereinement.

Une question reste alors en suspens dans vos caboches : pourquoi deux singes en hiver? Les plus érudits d’entre vous auront sans doute fait un simulacre de rapprochement mais une explication s’impose tout de même. C’est évidemment une référence plus que direct au fabuleux film d’Henri Verneuil « Un singe en hiver » interprété par Gabin et Belmondo et dont les dialogues sont une fois de plus un chef d’oeuvre du regretté Audiard (dont la succession tarde à venir…). Tout ça ne vous explique toujours pas vraiment pourquoi mais j’y viens. C’est donc l’histoire de deux gouailleurs qui, un peu perdu parmi les gens ordinaires, aiment à s’aérer l’esprit par le voyage, une géographie dont les degrés ne servent pas de latitude ni de longitude mais à s’évader, à oublier leur quotidien trop terne. Incompris par leurs congénères dont la dépendance aux degrés ne fait voyager que leur estomac, ces deux là ne tarderont pas à se rencontrer et à faire des étincelles, un voyage commun qui ne vante pas tant les mérites du voyage que l’ivresse qu’il procure. À ce stade, si vous ne voyez aucun rapport à la choucroute, veuillez cliquer sur la petite croix en haut à droite et nous quitter sans faire d’histoires.

Et puis finalement,  je ne pense pas pouvoir trouver de meilleur définition de notre long périple que cette superbe élocution de Gabin expliquant à Bebel  ce qu’il lui rappelle : « En Chine, quand les grands froids arrivent, dans toutes les rues des villes, on trouve des tas de petits singes égarés sans père ni mère. On sait pas s’ils sont venus là par curiosité ou bien par peur de l’hiver, mais comme tous les gens là-bas croient que même les singes ont une âme, ils donnent tout ce qu’ils ont pour qu’on les ramène dans leur forêt, pour qu’ils trouvent leurs habitudes, leurs amis. C’est pour ça qu’on trouve des trains pleins de petits singes qui remontent vers la jungle ».

Et sur ces bonne paroles, je vouslaisse apprécier ces dialogues que tout honnête homme devrait possèder dans sa vidéothèque!

– Dis-toi bien qu’si quelque chose devait m’manquer, ce serait plus l’vin, ce serait l’ivresse…

– Oh la la !.. Le véhicule je le connais, je l’ai déjà pris, et c’était pas un train de banlieue, vous pouvez me croire…Moniseur Fouquet, moi aussi il m’est arrivé de boire… Mais ça m’envoyait un peu plus loin que l’Espagne… Le Yang tsé Kiang… Vous avez déjà entendu parler du Yang Tsé Kiang?.. Ca tiens de la place dans une chambre, moi j’vous l’dis!

– Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les bois-sans-soif.
– Les grands ducs?!
– Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu’on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
– Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
– Mais c’est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t’demandes pourquoi y picole l’espagnol ? C’est pour essayer d’oublier des pignoufs comme vous.

-J’ai pas de billet…
-Ben, alors là, t’as tort ! Faut toujours avoir un billet… Au cas ! Tu comprends ? Au cas…

– Y’a pas de bonnes habitudes. L’habitude, c’est une façon de mourir sur place.